« 7 ans »

Le résumé d'allocine.fr pourrait faire croire à un film glauque, avec des personnages pervers et somme toute peu recommandables. En fait, il n'en est rien. Ce film est une très belle histoire d'amour à trois : Vincent (le prisonnier), Maïté (sa femme) et Jean (le surveillant de Vincent et l'amant de Maïté). C'est un espèce d'huis-clos pour ces trois personnages.

Valérie Donzelli campe une Maïté très crédible, à la fois faible devant son homme mais forte pour le reste du monde. Cyril Troley n'a clairement pas le physique qu'on attend d'un surveillant de prison mais peu importe, il est impeccable, dans la vie professionnelle de son personnage comme dans la vie personnelle de celui-ci. Ces deux acteurs sont vraiment bluffants.

Bref, j'ai beaucoup aimé ce film. L'histoire est étonnante, inventive. L'émotion est à fleur de peau, les acteurs sont tout à fait crédibles.

Après la projection du film, les spectateurs (dont moi :) ) avons eu le droit à un débat avec le réalisateur, Jean-Pascal Hattu. Et j'ai adoré ça. Il s'est expliqué sur beaucoup de choses dont je parle dans la suite... ne lire que si vous avez déjà vu le film (ou si vous ne voulez pas le voir).

Jean-Pascal Hattu a participé à beaucoup d'autres films en tant qu'assistant du réalisateur mais a aussi réalisé quelques documentaires. Parmi ceux-ci, il y a eu quelques reportages dans le monde de la prison : femmes incarcérées, école de jeunes surveillants. Il a donc rencontré beaucoup de surveillants, hommes et femmes, mais aussi leurs familles et celles des prisonniers. Il a notamment raconté l'anecdote suivante : une suveillante qui disait ne jamais regardé les dossiers pour ne pas risquer d'avoir un jugement moral sur les personnes qu'elle était chargée de surveiller (c'est ce que dira Jean, le surveillant, dans le film). C'est donc pour dire qu'il connaît plutôt bien le monde de la prison, surtout au niveau humain. Mais c'est en allant au parloir pour visiter un ami emprisonné et en discutant avec la femme de son ami qu'il a eu l'idée de ce film.

On pourrait facilement se dire que tous les personnages de son film sont pervers chacun de leur façon. Pour lui, ils ne le sont pas. Par contre, la prison pervertit le désir des personnes qui y sont confrontées. Vincent, avec son emprisonnement, a évidemment un problème pour préserver son intimité et pour garder un contact physique avec sa femme. Sa femme, justement, a un problème pratiquement identique : bien que libre de ses mouvements, elle ne peut satisfaire ses désirs car elle n'est pas libre dans sa tête. Elle est mariée, elle tient à lui rester fidèle, elle aime son mari, elle veut faire ce qui est bien... mais son corps a aussi des besoins. Le gardien, affecté dans une ville qu'il ne connaît pas, où il ne connaît personne à part les prisonniers, a lui-aussi un manque (affectif mais pas seulement) à combler. Ce trio va finir par se rencontrer. Jean avec Vincent car il est surveillant dans la prison où Vincent est emprisonné, Jean avec Maïté quand Vincent lui montre la photo de sa femme.

Vincent va essayer de survivre en prison, comme il peut. Tout d'abord, avec les visites de sa femme au parloir. Avec aussi l'odeur de sa femme, son parfum mis sur les vêtements que sa femme lave, repasse. Mais cela ne suffira pas au bout d'un certain temps. Il a peur que sa femme le quitte, aille voir ailleurs. Dans un environnement où tout est contrôlé, il veut pouvoir contrôler certaines choses encore. Et plutôt que de laisser sa femme se choisir un amant, il le choisit pour elle. Ce qui révèle un lien très fort entre l'amant et le mari : est-ce de la confiance, de l'amour ? une certaine forme d'homosexualité ? en tout cas une relation forte. Le réalisateur indiquera que cette relation homosexuelle, non assouvie, passe par la femme... mais ce sujet n'est pas traité dans le film. Et comme l'a dit un des spectateurs, cela révèle une boucle d'amour : la femme pour son mari, l'amant pour la femme, le mari pour l'amant, mais aussi vice versa l'amant pour le mari, la femme pour l'amant.

Tout ceci amène une question simple : Est-ce que le désir peut passer par une troisième personne ?

Jean-Pascal Hattu a aussi parlé du titre du film : « 7 ans ». Il a une certaine valeur symbolique : sept ans de réflexion, sept ans de malheur, sept ans l'âge de raison, sept ans l'âge du gamin. Sans parler du 7è art mais on dépasse ici le sujet du film et certainement les raisons du réalisateur. Il y a aussi une raison pratique. 15 ans, c'est trop long. Pour « mériter » 15 ans d'emprisonnement, le mari aurait dû faire quelque chose de grave et le risque de jugement moral du spectateur l'aurait détourné de l'histoire. Deux ans est bien trop court et aurait occasionné moins de frustration. L'histoire aurait été moins crédible. Une autre possibilité donné par un autre spectateur : 7 ans, s'étend, ces temps. Un jeu de mots sur le côté sexuel et un autre sur le côté temporel du film.

Les sept ans du gamin... justement il y a un enfant dans cette histoire. Il s'agit du gamin des voisins. C'est le boulot de Maïté, s'occuper du gamin. Ce n'est pas anodin. Vincent et Maïté n'ont pas d'enfant. Assez logiquement, c'est le seul homme de l'histoire dont Vincent est jaloux alors qu'il s'agit bien du seul homme qui ne peut pas faire l'amour avec sa femme, du seul homme qui ne pourra pas emmener sa femme. Le gamin agit un peu comme un diablotin. À l'image des allumettes qu'il fait brûler pour braver l'interdit, il joue avec le feu, attise la situation en jouant avec les mots : « j'ai envie de me marier avec toi » dira le gamin à Maïté, « j'ai envie de vivre avec toi ». Les parents de ce gamin sont aussi un miroir du couple Maïté-Vincent à une différence prêt. Le mari n'est pas souvent présent. Il est chauffeur routier. Son mari est à l'opposé de Vincent (mari en liberté, allant de ville en ville ; Vincent emprisonné) mais il fait souffrir sa femme de la même façon : l'absence de son corps. Sa femme doit aussi se débrouiller avec son désir d'un homme.

Pour en revenir aux trois personnages principaux, ils s'aiment tous. Au début, Maïté n'avait que dégoût pour Jean. Mais elle va finir par comprendre son amour pour elle. Elle aime suffisamment Vincent pour faire l'amour avec Jean (oui, je sais, ça fait super bizarre comme phrase). Vincent aime Jean qui lui fournit de nombreux avantages et qui l'aide du mieux qu'il peut. Jean aime Maïté, mais aussi Vincent. En tout cas, suffisamment pour laisser le couple survivre à cette épreuve. À noter qu'elle ne fait pas vraiment l'amour au début. Elle se laisse pénétrer au début. Mais, à la fin, une fois qu'elle a compris que son amour pour son mari était plus fort que tout, qu'elle a compris l'amour que lui portait Jean, elle fera réellement l'amour avec lui, en se donnant réellement. C'est d'ailleurs la seule fois où l'amant et la femme s'embrassent. Et c'est aussi à ce moment-là que le gamin se détourne du couple et des allumettes... juste au moment où l'amant va quitter sa maitresse pour lui permettre de vivre sa vie avec son homme.

En fait, le réalisateur trouve que personne n'est manipulé ou manipulateur. Chaque personnage essaie d'avancer de son côté, essaie de supporter le quotidien du mieux possible, en faisant le moins de peine possible aux autres. Et c'est en ça que ces personnages sont si vivants, si crédibles, si touchants. Ils avancent, ils progressent. Ils vivent.

Commentaires

1. Le vendredi, juillet 11 2008, 20:27 par Cristina Dumitru

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