vendredi, septembre 29 2006, 23:59
« Le vent se lève »
Par Guillaume Lelarge - Cinéma - Lien permanent
Un film de Ken Loach, palme d'or à Cannes, sur une guerre civile. Ça me rappelle un de mes meilleurs souvenirs cinématographique : Land and Freedom, sorti en 1995, vu trois fois en salle, vu de nombreuses fois en cassette VHS... après avoir vu « Le vent se lève », j'ai bien envie de retourner voir son grand frère (grand car plus ancien, pas spécialement meilleur ou pire).
« Le vent se lève », ce n'est pas une histoire de deux frères qui vont choisir des camps opposés... enfin si, mais si on ne voit que cela, on aura loupé la partie importante. Le vent se lève, c'est l'histoire d'une violence sans nom, l'histoire d'une séparation, d'une opposition dans un même peuple. Un peuple qui au départ voulait la même chose... mais qu'ils voudront atteindre de manière différente.
Il y a de grandes similarités avec « Land and Freedom » mais, la plus frappante, c'est celle de la réunion politique. Dans le précédent film, cela portait sur la politique agricole. Dans ce film, cela porte sur le traité de paix proposé par les anglais. Doivent-ils le signer et gagner un semblant de paix tout en restant sous la domination anglaise ? ou doivent-ils le brûler et s'assurer des années de terreur et de guerre ? le choix n'est pas si évident et cela donne lieu à une discussion vraiment intéressante où chaque personne indique ce qu'il pense, raconte un peu de son histoire personnel. Ce n'est pas un débat politique comme on en voit maintenant où ceux qui parlent sont très éloignés des personnes aux noms desquels ils disent s'exprimer. Là, c'est ce peuple qui s'exprime. Pas facilement, plutôt maladroitement, avec confusion mais avec force. Ils n'ont pas forcément des idées qui vont dans le même sens... et même malheureusement, deux clans vont rapidement émerger. Ce seront les deux nouvelles forces en opposition. Tout le film se joue dans cette scène. Auparavant, l'ennemi était clair et le but simple... Maintenant, le but reste simple mais l'ennemi sera parfois de la même famille et les façons d'arriver au but horribles et déchirantes. J'en profite pour placer une excellente citation de Ken Loach récupérée sur la partie Secrets de tournage sur allocine.fr :
Tout comme la guerre d'Espagne, ils représentent un moment crucial : comment une longue lutte pour l'indépendance peut être contrecarrée, au moment même où elle va aboutir, par un pouvoir colonial qui, tout en se débarrassant de son empire, sait parfaitement maintenir ses intérêts stratégiques. C'est là toute l'habileté de gens comme Churchill, Lloyd George, Birkenhead et les autres. Une fois coincés, quand il n'est plus vraiment dans leur intérêt de refuser l'indépendance, ils cherchent à diviser le pays. Ils soutiennent ceux qui, à l'intérieur du mouvement d'indépendance, acceptent que le pouvoir économique reste entre les mêmes mains (...) C'est une manipulation par le pouvoir central en place : des mouvements aux intérêts divergents s'unissent alors contre l'oppresseur commun. Inévitablement leurs intérêts contradictoires finissent un jour par éclater. Je suis certain que la situation est la même aujourd'hui dans un pays comme l'Irak, où la résistance aux Américains et aux Britanniques rassemble nombre de gens qui découvriront qu'en fait leurs intérêts divergent quand les Américains auront enfin été forcés de partir."
Et toujours dans cette mise en perspective de son film et de la guerre en Irak, j'aime beaucoup cette phrase que Ken Loach a prononcé lors de son discours après la remise de la palme d'or : « Si nous osons dire la vérité sur le passé, peut-être oserons-nous dire la vérité sur le présent. »
Quant au film lui-même, les acteurs sont excellents, la musique est géniale, les décors sont superbes... que demander de plus ? une histoire qui tient le coup ? bah, vous l'avez. Avec Ken Loach et Paul Laverty, le scénario est costaud. Attention, scène de torture inside (une seule, mais vraiment bien réaliste).
Quelques liens :
3 commentaires
super intéressant comme commentaire !
pour ma part j'ai vu Président avec Dupontel (qui est à la hauteur de son excellente réputation), le scénario mériterait quelques reprises, mais c'est un très bon film et surtout j'ai vu Scanner Darkly (en vo, déjà les sous-titre ne collent pas au texte alors j'ose pas imaginer la vf). Ce film est superbe (bon ok c'est du quicktime) le rendu du délire et de la déroute est exceptionnel et très bien soutenu par la forme du film (des filtres "postériser" et "saturer" sur toutes les images). Très bon film que je te conseille. Aurélie
Désolé pour le publiage de ton commentaire avec beaucoup de retard, j'ai très peu de temps pour m'occuper de mon blog. Je compte bien aller voir Président, j'aime beaucoup Dupontel. Pour le QuickTime, il est facilement récupérable ? A+ miss
Merci à Guillaume Lelarge pour son commentaire que je partage totalement. On a fait l'allusion à l'Irak, mais on pourrait tout à fait faire un rapprochement avec ce qui se passe en palestine, et aux palestiniens "récupérés" par les Israéliens. J'espère qu'un jour Ken Loach traitera ce sujet. Il y en aurait d'ailleurs tellement d'autres...