mercredi, mai 24 2006, 23:33
« Sophie Scholl, les derniers jours »
Par Guillaume Lelarge - Cinéma - Lien permanent
Il y a facilement plus d'une dizaine d'années, je suis tombé sur un film, certainement allemand. Ce film relatait la vie du groupe de la Rose Blanche. Ce groupe de jeunes étudiants allemands avait décidé de lutter pacifiquement contre les idées d'Hitler, contre la guerre, contre le racisme. Comment pacifiquement ? par des tracts écrits notamment par Hans et Sophie Scholl qui s'inspiraient de Goethe et Aristote, distribués par eux. C'était la première fois que j'entendais parler d'Allemands résistant contre le nazisme, j'étais à la fois stupéfait, ébahi et effondré (oui, pour ce dernier point, comment avais-je pu passer à côté de ça avec tous les bouquins que j'avais pu lire sur cette période de notre histoire ? qui avait pu tenter de cacher le fait que des Allemands avaient résisté ? comment ai-je pu croire qu'aucun Allemand n'avait résisté ?). Le film était très intéressant, l'histoire à la fois horrible et passionnante. À la fin du film, j'en avais les larmes aux yeux. J'ai voulu tout savoir sur ce groupe, sur les personnes qui le composaient. Je me suis donc renseigné, j'ai lu le livre d'Inge Scholl, la soeur de Sophie (« La rose blanche, six Allemands contre le nazisme »). J'ai même acheté (ou fait acheter) un rosier à mes parents... ça fait plus de dix ans et il tient toujours. Il tient certainement mieux que n'importe quelle autre plante dans leur jardin... il est magnifique au printemps. Du coup, je dois avouer qu'après avoir entendu parler de ce nouveau film, j'étais à la fois très content et très anxieux.
Le film que j'avais vu sur Arte relatait surtout la période précédant l'arrestation de Hans et de sa soeur. « Sophie Scholl, les derniers jours » s'attarde sur les six derniers jours de la vie de Sophie, la période qui suit l'arrestation : emprisonnement, interrogatoires, exécution. Tout ça grâce à des archives de l'ex-RDA, déclassées depuis quelques années. Autant le dire tout de suite, vous ne verrez pas de tortures, vous n'êtes pas dans un épisode d'Alias. Vous aurez plutôt droit à un débat entre une jeune femme, Sophie Scholl, plaçant sa conscience au-dessus des lois de son pays et un agent de la Gestapo, Robert Mohr, plaçant les lois (du Troisième Reich) au-dessus de tout.
Je n'ai pas très envie de parler de ce qui constitue aussi le film, à savoir les décors, les costumes, la musique, la photo... je m'en fous en fait pour ce film. Ils sont biens, c'est clair. Mais, l'important, c'est l'histoire et les dialogues. Et croyez-moi, c'est un vrai tour de force.
Comme le dit Zéro de conduite, le film se concentre sur Sophie Scholl mais n'oublions pas qu'elle n'était pas seule. Il y avait aussi son frère, il y avait Christoph Probst, Willi Graf, Alexander Schmorell. Leur rêve n'était pas de privilégier un courant politique ou un autre. Leur rêve était que l'Allemagne soit grande par ses réalisations techniques, artistiques, politiques, sociales, éducatives... mais pas par la guerre et par les tueries.
Deux liens intéressants, Sophie Scholl, la rose blanche et Salles obscures (pour ce dernier lien, lire le commentaire de Rue Saint-Ambroise avec lequel je suis entièrement d'accord).
Je finirais avec ceci, la plus belle phrase que j'ai lu sur eux : « Hans et Sophie Scholl étaient croyants. Ils n’ont pas pris les armes, ils n’ont tué personne. La seule vie qu’ils ont sacrifiée, c’est la leur. »
À voir, à revoir, à emmener voir.
4 commentaires
Je ne comprends pas pourquoi tout le monde appuie sur le fait qu'ils étaient croyants / chrétiens ?
* J'imagine qu'il y avait de nombreux chrétiens ne résistant pas, voire collaborant.
* On dit ça d'eux, comme si c'était une qualité, genre, "ah, c'est pas un de ces athées qui auraient pu avoir leur courage". Ou bien, comme une façon pour les autres chrétiens d'avoir une meilleure conscience...
Je ne dis pas ça de façon offensante contre le groupe de la Rose Blanche, je m'interroge juste sur les commentaires (moi qui suis athée et qui suis sensible à ce genre de distorsion du discours).
Sinon, je ne connaissais pas cette histoire, et ton billet donne envie d'aller voir le film. Cependant, je suis un peu effrayé quand je vois les critiques presse sur allociné.
Je ne crois pas avoir appuyé sur la religion de Sophie même si elle semble avoir été omniprésente dans sa vie. De plus, ils ne sont pas chrétiens mais protestants
Enfin, pour en finir sur ce sujet de la religion, quand je disais que leur rêve n'était pas de privilégier un courant politique ou un autre, il n'était pas non plus de privilégier une religion sur une autre. En fait, la religion n'a rien à voir dans leur engagement. Leur engagement était beaucoup plus basé sur une théorique. Comme le dit si justement le premier commentaire de Salles obscures : « Ce qui me surprend le plus dans les tracts des Scholl, c'est leur incroyable niveau théorique. » Ce qu'ils écrivaient était réfléchi, argumenté... pas de simples faits, pas une opinion formée par une culture religieuse.
Concernant les critiques presse, je m'en méfie comme de la peste. Bizarrement, je fais beaucoup plus confiance aux critiques des spectateurs. Il est beaucoup plus facile de « comprendre » une critique d'un spectateur... je veux dire par là qu'il est plus facile de se faire une opinion sur l'avis d'un spectateur lambda. Ce dernier est soit extrême (dans un sens ou dans l'autre), soit argumenté (bien plus intéressant)... on ne trouve pas ce genre de nuances dans la critique presse.
Pour finir avec la religion, il y a la phrase que tu cites qui contient "ils étaient croyants" (bon, j'ai envie de dire, et alors ?). Apparemment, cette phrase a été utilisée par les editions de Minuit pour la sortie du livre d'Inge Scholl. Et il en est aussi brièvement question sur le blog "salles obscures". Donc, voilà, tout ça mis bout à bout m'a un peu fait sursauter
(mais bon j'ai peut-être une tendance à focaliser sur le sujet, les athées sont souvent oubliés et ça m'énerve profondément)
Euh, sinon, je crois bien que le potestantisme fait partie du christianisme, au même titre que le catholicisme, mais je peux me tromper...
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Pour les critiques, justement, en général, les critiques presse sont plus argumentées que celles des spectateurs "lambda", donc plus intéressantes, il me semble. Par contre, il faut connaître un peu le journal ou le journaliste qui a écrit, pour avoir un peu de contexte (on ne peut pas prendre une critique des Cahiers et une du Figaro de la même façon, par exemple).
merci pour ta critique...
mais en ce qui concerne la musique de film, je crois que tu oublies à quel point c'est important !
tout ce que tu ressents vient en énorme partie de la musique.
Avec la musique tu rends une scene de crime à mourrir de rire, ou d'un enfant qui joue, extremement effrayante.